• REPONSE D'EMMANUELLE ANTHOINE AUX PETITIONS RELATIVES A L'UTILISATION DU GLYPHOSATE

  • Madame, Monsieur,

    Je fais suite à votre interpellation au sujet de mon vote relatif à un amendement visant à inscrire, dans la loi, l’interdiction du glyphosate dans un délai de 3 ans. Contrairement à ce que vous indiquez, il ne s’agissait pas d’un « vote en faveur du maintien du glyphosate », mais bien de refus « d’inscription dans la loi à 3 ans ». Comme vous le savez, l’abandon de cette molécule est déjà acté et je m’en réjouis.

    Rappelons en préambule qu’il s’agit d’un herbicide qui n’est pas chez nous pulvérisé sur les cultures, mais sur les plantes adventices appelées communément mauvaises herbes.  Il n’a, aujourd’hui, pas de nombreuses alternatives très viables, si on écarte l’arrachage manuel, très coûteux en temps et en main d’œuvre, il reste le désherbage thermique, qui lui, est très dangereux, en plus de consommer des énergies fossiles qui favorisent le réchauffement climatique.

    Nous voulons tous sortir du glyphosate, mais il faut le faire en intelligence.

    Comme vous, je suis attachée à notre territoire et animée par la volonté de faire en sorte que notre environnement soit respecté, préservé mais aussi que nos agriculteurs ne soient pas systématiquement pénalisés par rapport à leurs concurrents européens. Les produits agricoles et denrées alimentaires produits sur notre territoire français sont soumis à des exigences importantes et faire de « la sur- transposition » des directives européennes ne peut entrainer que de graves distorsions de concurrence au sein du marché unique qui met systématiquement nos agriculteurs en difficulté. Il nous faut donc être cohérent et aller jusqu’au bout de la démarche : en interdisant à terme chez nous l’utilisation du glyphosate, il faut également interdire l’importation de toute denrées alimentaires en provenance de pays qui continuent d’utiliser ce type de matière active.

    En effet, pourquoi continuer d’importer des denrées alimentaires qui ne respectent pas les mêmes normes sanitaires que nos productions ? Car dans ce cas, on détruit des pans entiers de notre agriculture française sans pour autant protéger le consommateur, alors que l’objectif que nous poursuivons est de lui garantir une alimentation saine, durable et accessible.

    Je suis consciente que le glyphosate inquiète, malgré des études scientifiques contradictoires sur sa dangerosité, et j’approuve les mesures de précaution prises sur le sujet, pour éviter de pulvériser le produit près de cours d’eau. Dans cet état d’esprit, j’ai intégré, il y a déjà plusieurs mois, une mission d’information lancée par l’Assemblée nationale sur l’utilisation des produits phytopharmaceutiques. Un rapport a été rendu en avril dernier qui précise « qu’un travail de réflexion et d’étude de trajectoires alternatives pour remplacer le glyphosate devra être mené » et que « en agriculture, la suppression du glyphosate n’est pas sans conséquences, concernant tant le coût économique (estimé à 976 millions d’euros par an par Arvalis, l’Institut du végétal), les impacts sur la structuration du sol, le nombre de passages en travail du sol ou encore la couverture permanente des sols. » « Les rapporteurs jugent nécessaire d’accélérer les travaux de recherche et de développement pour trouver des alternatives crédibles et de diffuser à grande échelle ces nouvelles pratiques. »

    Si les dernières études ne démontrent pas de prévalence de cancer chez les agriculteurs ayant recours au glyphosate, moyennant des équipements de protection Individuels pour réduire l’exposition, et pour les consommateurs, beaucoup moins exposés, il me semble essentiel de faire aboutir la recherche de produits alternatifs. Mais cela ne peut se faire en quelques jours. C’est ainsi que j’ai rencontré dernièrement des responsables de l’UIC (union des Industries de la Chimie) afin d’évoquer entre autre le développement de la recherche.

    Je vous informe que je fais partie du « groupe de travail sur le suivi de la sortie progressive du glyphosate en France », qui vient d’être créé à l’Assemblée nationale.

    Pour conclure, il me semble important de protéger la santé des consommateurs français, tout en préservant la pérennité des exploitations agricoles familiales dont notre pays a besoin et en aidant nos agriculteurs à réduire nettement les volumes de pesticides utilisés.

    Restant à votre écoute, je vous prie de croire, Madame, Monsieur, en l’expression de ma considération distinguée.

     

    Paris, le 18 septembre 2018

    Emmanuelle ANTHOINE

    Députée de la Drôme