• J’ai voté contre le projet de loi bioéthique, dont la mesure emblématique est l’ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules.

    Mon opposition est motivée par de nombreux arguments et a été nourrie par des auditions, rencontres, lectures dont notamment l’avis du Comité Consultatif National d’Ethique et par l’Académie de médecine. J’ai abordé ce sujet de bioéthique dans toute sa complexité et avec beaucoup d’humilité. Nous devons dépasser les points de vue idéologiques car c’est du devenir des enfants à naître dont il est ici question. 

    La « PMA pour toutes » est effectivement présentée comme une extension de droits pour les femmes souhaitant avoir des enfants. Mais qu’en est-il pour ces derniers ? Ils sont privés de leur droit d’avoir un père.

    Cette nouvelle forme de filiation prive les enfants à naître de référence paternelle, référence qui est pourtant au fondement de la psychanalyse. Elle crée une souffrance dans la construction de l’enfant en proie à un profond questionnement sur ses origines.

    L’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules risque, par ailleurs, d’aggraver la pénurie de dons. Du fait du manque de donneurs, les couples ayant recours à la PMA avec tiers donneur pour cause d’infertilité doivent déjà attendre 1 à 3 ans avant de bénéficier d’un don de gamètes. En élargissant le champ des bénéficiaires du don de gamètes, la pénurie sera aggravée sous le double effet d’une augmentation de la demande mais aussi d’un risque de diminution de l’offre du fait d’une raréfaction des dons, alors que l’accès aux origines des enfants nés de PMA sera désormais autorisé.

    Se pose la question de savoir si la demande sociétale sera prioritaire ou non sur le traitement médical de l’infertilité dans le cadre d’un recours à une PMA avec tiers donneur.

    Il y a également un risque que la « PMA pour toutes » ouvre la voie à la GPA par souci d’égalité. Comment, en effet, pourrait-on autoriser une procréation pour les couples de femmes qui resterait interdite pour les couples d’hommes ?

    Je m’inquiète que les intérêts individuels et les demandes sociétales prennent le pas sur l’intérêt de l’enfant  et ce, comme l’a soulevé aussi la philosophe féministe Sylviane AGACINSKI et la pédopsychiatre Myriam SZEJER.

    Se pose aussi la question du « droit de créance » des couples ainsi créés, sur la société, dans l’optique de la réalisation de leur projet parental.

    Ou encore celle des conséquences, sur le plan psychique pour les enfants, de ce nouveau mode de filiation sans père. Nous manquons effectivement de recul pour pouvoir connaître les conséquences que pourra avoir le vide de branche paternelle dans la filiation.

    Ou encore celle du coût que cela pourrait représenter pour la sécurité sociale …

    Ce projet de loi traite par ailleurs de nombreux autres sujets de bioéthique. Il y était question du don d’organe, de la recherche sur les embryons, de l’extension du droit à l’IVG en cas de grossesse multiple, de génétique et de gouvernance de la bioéthique.

    Notamment, l’ouverture de la possibilité d’expérimenter le croisement de cellules humaines et animales, ce qui m’inquiète vivement.

    J’estime que tout ce qui est scientifiquement possible ne l’est pas forcément humainement, c’est là tout l’enjeu de la loi bioéthique qui dépasse largement le sujet de la PMA pour toutes. Ce texte ouvre de nombreuses possibilités en termes de recherche, dont on peut s’inquiéter car elles ouvrent la voie à une certaine forme d’eugénisme et de transhumanisme.

    Quelle Humanité voulons-nous être ?